Les révélations faisant état de manoeuvres secrètes, relayées par le média spécialisé Financial Times lundi 23 mars, ont été rejetées par le ministère des Finances sénégalais.
Un passant à Dakar, le 16 janvier 2025 (illustration) ( AFP / PATRICK MEINHARDT )
Le gouvernement sénégalais a "secrètement emprunté" 650 millions d'euros en 2025 avec des outils financiers complexes pour éviter un défaut de paiement, selon des informations du Financial Times (FT) alors que le pays ouest-africain croule sous une dette colossale.
Les autorités, au pouvoir depuis avril 2024 accusent l'ex-équipe du président Macky Sall (2012-2024) d'avoir dissimulé une importante dette, mais elles ont "emprunté en secret des centaines de millions de dollars à des institutions internationales qu'elles n'ont pas divulguées publiquement", a rapporté FT, lundi 23 mars.
Dakar "a puisé l'année dernière 650 millions d'euros auprès" de l'institution financière panafricaine "Africa Finance Corporation (AFC) et de First Abu Dhabi Bank", une banque émiratie dont le siège est à Abu Dhabi, écrit le journal. Ces deux emprunts sont des "swaps", des outils financiers complexes et peu transparents qui permettent au créditeur d'être remboursé en priorité en cas de défaut de l'emprunteur.
Une aide de 1,8 milliard de dollars en suspens
L'accord avec AFC, basée au Nigeria, a été conclu en mai 2025 et a permis au Sénégal "de financer jusqu'à 350 millions d'euros", révèle le FT . En juin, le pays "a signé un nouvel échange de trois ans avec First Abu Dhabi Bank, lui permettant d'emprunter 300 millions d'euros", indique FT selon lequel "les deux prêts se terminent en 2028". Mi-mars, l'Etat sénégalais a pu honorer une dette internationale de 471 millions de dollars en dépit des craintes d'un défaut de paiement des observateurs économiques. Le FMI a indiqué que les détails des échanges du Sénégal ne lui avaient pas été communiqués, selon le FT .
Dans un communiqué publié mardi soir, le ministère des Finances sénégalais affirme que ces opérations "s'inscrivent dans le cadre de la stratégie de diversification des sources et des instruments de mobilisation des ressources", alors que le Sénégal doit lever des liquidités pour rembourser sa dette colossale et payer les charges de fonctionnement de l'État. Selon le gouvernement, ces opérations avec un taux d'intérêt de 7,1% sont "beaucoup plus avantageuses" que sur les marchés internationaux et elles n'ont pas été dissimulées "conformément aux règles de transparence du marché".
Le Sénégal est confronté à une situation économique préoccupante, avec un déficit budgétaire de près de 14% du PIB et une dette du secteur public et parapublic estimée provisoirement à 132% du PIB à fin 2024. Les autorités accusent le régime de l'ex-président Macky Sall (2012-2024) d'avoir dissimulé les vrais chiffres sur des indicateurs clefs comme la dette publique et le déficit budgétaire. En conséquence, le FMI a suspendu son programme d'aide de 1,8 milliard de dollars (1,6 milliard d'euros) conclu en 2023 en attendant d'avoir des réponses et des engagements des nouvelles autorités. Après plusieurs visites du FMI au Sénégal pour examiner l'état des finances du pays, les deux parties ont entamé des négociations mi-octobre en vue d'un nouveau programme d'aide. Le gouvernement, qui se réclame du souverainisme, a exclu toute restructuration de la dette, solution préconisée par des experts.
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